Antiféminisme

L’antiféminisme est un néologisme qualifiant des critiques ou une opposition aux mouvements ou aux thèses féministes, pour des raisons philosophiques, politiques, religieuses, ou culturelles. Il s’applique soit à la lutte contre l’émancipation féminine, soit au refus des thèses d’un ou plusieurs mouvements se disant « féministes ».
Le discours antiféministe, de nature différentialiste,s’articule autour de deux axes, souvent combinés l’un à l’autre :

– la place des femmes dans la société serait déterminée par leur « nature » spécifique qui limiterait leur capacité ou orienterait leur inclination,
– la différence entre les rôles sexués serait nécessaire à la préservation d’un ordre social harmonieux, fondé sur la distinction entre la sphère publique, réservée aux hommes, et la sphèreprivée où s’accompliraient les fonctions prétendument féminines (reproduction, éducation ou encore séduction…)1.

La participation des femmes à la vie publique, leur accès à l’éducation ou au marché du travail ont ainsi été dénoncés à différents moments de l’histoire comme un danger pour l’ordre social. S’il repose sur une structure relativement stable, le discours antiféministe s’est recomposé aucours de l’histoire en fonction des enjeux posés par la redéfinition des normes de genre.

Le travail des femmes

t grande sur le mouvement ouvrier français, justifie par l’infériorité naturelle des femmes le principe d’une différenciation sexuée des rôles sociaux, ce qui lui vaut d’être la cible de la féministe Jenny d’Héricourt. Pour défendre l’interdiction du travail des femmes lors ducongrès de Genève de l’Association internationale des travailleurs (1866), les mutuellistes proudhoniens arguent qu’il « doit être énergiquement condamné comme principe de dégénérescence pour la race et un des agents de démoralisation de la classe capitaliste »

Les antiféministes les plus virulents dénoncent plus largement le principe même du travail des femmes. Dans les milieux catholiquesconservateurs maurassiens, la progression de la participation des femmes à la vie publique était considérée comme un facteur d’affaiblissement de la société ou de corruption morale. Après la défaite française de 1940, les théoriciens de la Révolution nationale vichyssoise comme Henri Massis ou Jean de Fabrègues faisaient du retour des femmes dans les foyers et du rétablissement d’une culture virile lepréalable du redressement du pays6.

Le droit de vote

De même que le travail des femmes, le droit de vote était désigné par ses opposants comme un danger pour l’ordre social. A l’apogée du mouvement suffragiste aux États-Unis, l’ancien président Grover Cleveland estimait que le droit de vote des femmes bouleverserait « un équilibre naturel si délicatement ajusté d’après les rôles et leslimites de chacun [des deux sexes] qu’il [était] impossible de le troubler sans courir le risque d’un danger social »7. Quelques décennies plus tard, l’écrivain Philip Wylie estimait dans son essai Generation of Vipers (1942) que les conséquences désastreuses de la crise des années 1930 étaient le résultat des nouveaux droits accordés aux femmes, et en particulier du droit de vote. En France, le courantantiféministe est particulièrement actif dans les années 1920 et 1930, à travers des polémistes, comme Théodore Joran ou Marthe Borély, dont L’Appel aux Françaises et le Génie féminin français sont des pamphlets contre le suffrage féminin.

La défense de la « vraie » féminité

S’il peut s’appuyer sur la misogynie, l’antiféminisme peut également se faire le défenseur d’une certaine conceptionde la féminité, exclusive de toutes les autres. Il peut ainsi proclamer vouloir préserver les femmes de tâches qui seraient contraire à leur « nature ». A la question « Les mains des femmes sont-elles bien faites pour les pugilats de l’arène publique ? » le sénateur français Bérard répondait en 1919, pour s’opposer au droit de vote des femmes, que « Séduire et être mère, c’est pour cela…