Cohérence des politiques publiques en matière de politique énergétique et d’aide au développement

Introduction
Au Sud comme au Nord, sans accès à l’énergie, il n’y a pas de développement. La révolution industrielle a été permise et caractérisée par une énergie bon marché et abondante, créant des sociétés aujourd’hui grandes consommatrices d’énergie et complètement dépendantes des ressources en énergies fossiles. Les pays en développement, quant à eux, sont pour l’instant de beaucoup pluspetits consommateurs d’énergie, mais ils ont – et surtout auront – besoin d’une quantité d’énergie très importante pour suivre leurs objectifs de développement. L’approvisionnement en énergie est donc un enjeu global et crucial. Il est une priorité pour les pays du Nord, qui sont extrêmement dépendants vis-à-vis de l’énergie, et déterminant pour les pays du sud, puisqu’il conditionne leur avenir.L’augmentation de la demande en énergie au niveau mondial, confrontée à l’inéluctable déplétion des ressources en énergie fossile (que les énergies alternatives sont encore loin de pouvoir compenser), rend le marché de l’énergie extrêmement tendu et la compétition entre pays de plus en plus rude. Le marché de l’énergie est tendu, mais il est aussi très déséquilibré. Un déséquilibre géographiqued’abord, puisque si la majeure partie de l’énergie est consommée au Nord, les ressources en énergies fossiles se concentrent dans les pays du Sud. Un déséquilibre temporel ensuite, puisque les pays aujourd’hui faibles consommateurs d’énergie, seront potentiellement demain, les plus gros demandeurs, comme on peut l’observer avec les pays émergents. Des pays comme l’Inde ou la Chine par exemple,absorbent aujourd’hui des quantités d’énergie gigantesques pour se développer et rejoignent ainsi les profils de consommation élevés des pays développés.

L’énergie permettant le développement et le développement rendant dépendant de l’énergie, les politiques énergétiques et d’aide au développement ont des interrelations et des interdépendances très fortes. Une réflexion commune, à cheval entre lapolitique énergétique et la politique d’aide au développement, est donc des plus pertinentes. Il conviendrait en effet de chercher des synergies pour dépasser l’impasse que représentent la raréfaction des ressources en énergie et l’augmentation de la demande des pays en développement, mais il faudrait avant tout rendre les politiques énergétiques et d’aide au développement plus cohérentes, afind’identifier et de limiter les champs de tensions entre ces deux domaines politiques.

Ce travail de séminaire se propose d’étudier les politiques suisses d’aide au développement et d’approvisionnement en énergie sous l’angle de la cohérence des politiques publiques. Cette problématique, éminemment globale, touche évidemment l’ensemble des pays ayant une politique d’aide au développement et sansdoute moins la Suisse que d’autres pays. Mais en restreignant l’analyse à la Suisse, il est possible dans le cadre de ce court travail de séminaire d’aborder la question de la cohérence de ces deux domaines politiques de manière plus détaillées et surtout d’analyser de quelle manière les divergences d’intérêts sont identifiées et gérées à l’intérieur de l’administration fédérale de manière concrète.Problématique, postulats et hypothèses
L’incohérence des politiques publiques des pays du Nord en matière d’énergie et d’aide au développement des pays du sud est potentiellement double. D’un côté, les énormes besoins d’énergie des pays du Nord pourraient compromettre à la fois le développement actuel des pays en voie de développement où l’extraction des ressources naturelles pose de sérieuxproblèmes (sociaux, économiques, politiques et environnementaux) et où l’accès à l’énergie est rendu difficile par une pression très forte sur cette dernière ; ainsi que le développement futur de ces pays en utilisant aujourd’hui une énergie qui ne sera peut-être plus disponible demain. De l’autre, les politiques d’aide au développement favorisent de diverses manières la croissance économique…